La paix – raison d’être de la diplomatie
La paix – raison d’être de la diplomatie
La pratique consistant à réunir des représentants de plusieurs États pour faciliter des interactions pacifiques dans l’intérêt collectif plutôt que national est connue sous le nom de multilatéralisme. Cette pratique s’est institutionnalisée et professionnalisée à partir du XIXe siècle grâce à la création de structures intergouvernementales permanentes, la tenue de réunions régulières entre représentants nationaux et l’adoption de résolutions conjointes et de règles communes.
L’un des évènements majeurs fut le Congrès de Vienne de 1815, qui s’est tenu au lendemain des guerres napoléoniennes. Il visait à rétablir la paix en Europe et à garantir une stabilité durable en instaurant un équilibre des puissances entre les États du continent – qu’on a parfois appelé le « Concert européen ». Le Congrès de Vienne a également donné naissance au Grand-Duché de Luxembourg, conçu – aux côtés du Royaume des Pays-Bas – comme un État tampon face à la France.
Les diplomates jouent un rôle central au sein du système multilatéral. Lorsque les intérêts de différents États divergent, ils interviennent pour trouver une solution non violente par le dialogue et la négociation. En cas de conflit ouvert, ils s’efforcent de faire taire les armes. En théorie, la paix demeure leur objectif premier ; toutefois, les intérêts économiques et sécuritaires des États prennent souvent le devant, entravant ainsi la recherche de solutions pacifiques. En prévoyant des mesures coercitives et des mécanismes de garantie collective, les organisations multilatérales créées après les deux guerres mondiales, la Société des Nations et les Nations Unies, ont cherché à empêcher tout État de se placer au-dessus des lois – bien que cela n’ait pas toujours été couronné de succès.
Ayant subi deux invasions illégales durant la première moitié du XXe siècle, le Luxembourg a fait de la participation active aux institutions multilatérales la pierre angulaire de sa nouvelle politique étrangère. Le pays a renforcé son corps diplomatique à travers le monde – jusqu’alors relativement restreint – et est devenu membre fondateur des grandes organisations internationales, ainsi qu’un fervent défenseur de l’intégration européenne.
La paix par le droit
L’idée que tous les États devraient respecter un ensemble de règles communes et contraignantes définissant le déclenchement et la conduite de la guerre s’est progressivement imposée au cours du XIXe siècle. Elle reposait sur les principes d’égalité souveraine des États, d’intégrité territoriale, d’autodétermination et de non-ingérence dans les affaires intérieures. On espérait que le droit international régirait le comportement des États pour empêcher que la loi du plus fort ne s’impose.
La première Convention de Genève de 1864, établie à l’initiative du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), constitua le premier traité visant à améliorer les conditions de vie des soldats blessés lors de conflits armés en établissant des règles relatives à leurs soins et à leur protection. Elle marqua le début du droit international humanitaire. En 1888, le Luxembourg adhéra également à cette conventions. La Croix-Rouge luxembourgeoise fut fondée le 6 août 1914, peu après le début de la Première Guerre mondiale.
Un autre moment charnière fut l’organisation des deux conférences internationales de paix à La Haye en 1899 et 1907. Elles ont souligné l’importance de l’arbitrage pour le règlement des conflits et, pour la première fois, la nécessité du désarmement. La délégation luxembourgeoise a participé activement aux délibérations de 1907 sur la codification des droits et obligations des États neutres en temps de guerre comme en temps de paix.
La première Conférence de La Haye a également institué la Cour permanente d’arbitrage, première institution judiciaire internationale. Son objectif était de résoudre les différends entre États en les soumettant à un arbitre neutre plutôt que de les régler sur le champ de bataille. Depuis 1946, la Cour internationale de Justice (CIJ) tranche les différends juridiques entre États et émet des avis consultatifs sur le droit international. La Cour pénale internationale (CPI), créée en 2002, poursuit, quant à elle, les individus pour des crimes graves tels que le génocide et les crimes de guerre. Enfin, des tribunaux spéciaux pour les crimes de guerre ont été créés à partir des années 1990, notamment dans les conflits en Yougoslavie et au Rwanda.
Organiser la sécurité collective
Fondée en 1920, la Société des Nations (SDN) fut la première organisation internationale permanente dédiée à la préservation de la paix et de la sécurité collective. Elle fut créée après la Première Guerre mondiale par le traité de Versailles afin de faire de la Grande Guerre « la der des ders ».
La SDN fut conçue comme un forum de diplomatie ouverte et favorisa la solidarité et la collaboration entre les nations dans les domaines commercial, intellectuel, social et politique. Elle défendit, entre autres, l’intégrité territoriale des nations, les droits des minorités et des réfugiés, ainsi que le droit des peuples à l’autodétermination. La SDN donna également naissance à des organes spécialisés tels que l’Organisation internationale du Travail (OIT) ou encore le Comité d’hygiène.
Son aspiration était universaliste et égalitaire : la voix des petits États, comme le Luxembourg, avait le même poids que celle des grands États. Cependant, la SDN ne parvint jamais à obtenir le soutien de toutes les grandes puissances : l’Allemagne en fut exclue jusqu’en 1926, les États-Unis n’y adhérèrent jamais et d’autres États membres se retirèrent pour poursuivre leurs politiques unilatérales, souvent en violation des principes de la SDN.
L’absence de mécanismes coercitifs et l’incapacité d’imposer des sanctions aux États contrevenants, les activités impérialistes et belliqueuses des régimes fascistes et nationalistes, ainsi que le protectionnisme économique dans le contexte de la crise économique mondiale, conduisirent finalement à la disparition de la SDN. Malgré ses nombreuses lacunes, elle réussit cependant à résoudre pacifiquement de nombreux conflits interétatiques. Les enseignements tirés de cette première expérience d’organisation internationale permanente allaient plus tard inspirer la création des Nations Unies.
La promesse de la paix mondiale
Avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés décidèrent de créer une nouvelle institution multilatérale pour remplacer la Société des Nations, alors moribonde. Le 26 juin 1945, 51 pays, dont le Luxembourg, signèrent la Charte des Nations Unies, qui inscrivait le maintien de la paix et de la sécurité internationales parmi les objectifs de l’ONU. L’idée, proposée par la Grande-Duchesse Charlotte, de faire du Luxembourg le siège de cette nouvelle organisation fut sérieusement envisagée, mais finalement rejetée. Le siège fut finalement établi à New York où se trouvent encore aujourd’hui les deux organes centraux de l’architecture onusienne : l’Assemblée générale (AGNU) et le Conseil de sécurité (CSNU).
L’AGNU réunit tous les signataires de la Charte des Nations Unies, et tous les pays disposent d’un droit de vote égal. Elle compte actuellement 191 États membres. Les débats annuels qui s’y tiennent offrent une tribune mondiale aux gouvernements pour exprimer leurs préoccupations concernant les affaires mondiales et la sécurité internationale. En 1975, le Luxembourgeois Gaston Thorn fut élu président de la 30e session de l’AGNU par une majorité d’États membres – un moment important dans l’histoire du multilatéralisme luxembourgeois.
L’organe le plus puissant de l’ONU est le CSNU. Seul ce dernier a le droit d’autoriser le recours à la force militaire au nom de la sécurité collective si toutes les autres options pacifiques ont échoué.
Le CSNU comprend cinq membres permanents – la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis – ainsi que dix membres non permanents élus pour un mandat de deux ans. Le Luxembourg a siégé au CSNU pour la première fois en 2013–2014 et sollicite actuellement un nouveau mandat pour 2031-2032. Le CSNU, plus que tout autre organe de l’ONU, fait l’objet de nombreuses critiques. La composition de ses membres permanents n’est pas représentative, puisqu’il ne comprend aucun pays d’Amérique latine, d’Afrique ou du Moyen-Orient. De plus, le droit de veto des membres permanents est considéré comme obsolète, contre-productif et antidémocratique.
Les détracteurs du multilatéralisme l’accusent d’inefficacité et de discussions stériles, plutôt que de mettre en œ uvre les changements nécessaires sur le terrain, comme le feraient des actions unilatérales. Une autre critique soutient que la société civile ne dispose pas de suffisamment de pouvoir et d’influence, tandis que les États concentrent un pouvoir excessif, privilégiant trop souvent leurs intérêts nationaux. À l’occasion du 80e anniversaire de l’ONU en 2025, le Secrétaire général António Guterres a annoncé de profondes réformes, baptisées UN80, afin de renforcer l’efficacité de l’organisation.
L’Europe unie – Projet de paix
En 2012, l’Union européenne (UE) a reçu le prix Nobel de la paix pour sa contribution à la paix, à la réconciliation et à la démocratie sur le Vieux Continent. L’idée de dépasser les rivalités nationales pour créer des ‹ États-Unis d’Europe › remonte au moins au XIXe siècle. Mais il a fallu deux guerres dévastatrices pour mettre en place un système politique et économique commun. L’intégration européenne a permis de supprimer les guerres entre États européens et de favoriser la coopération entre des anciens États ennemis, en particulier l’Allemagne et la France. Cependant, cette intégration n’était pas purement idéaliste : elle visait également à unir l’Europe occidentale contre le nouvel ennemi communiste de l’autre côté du rideau de fer.
Le Luxembourg a soutenu et participé à la création de structures politiques communes en Europe dès le départ. Il est membre fondateur de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) en 1948 et du Conseil de l’Europe en 1949. Surtout, il fut l’un des six membres fondateurs de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), lancée en 1950 par le ministre français des Affaires étrangères d’origine luxembourgeoise, Robert Schuman. Cette organisation supranationale a placé le charbon et l’acier – ressources cruciales lors des deux guerres mondiales – sous une autorité commune. La CECA est souvent considérée comme le précurseur de la Communauté économique européenne (CEE) qui deviendra plus tard l’UE. Depuis 1965, Luxembourg est l’une des trois capitales de l’UE, aux côtés de Bruxelles et de Strasbourg, et abrite plusieurs des principales institutions communautaires. La ville luxembourgeoise de Schengen, située à la frontière avec l’Allemagne et la France, est l’homonyme de l’accord de 1985 qui a introduit l’ouverture des frontières dans l’UE.
Le spectre d’une guerre européenne
L’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie a ébranlé l’Union européenne jusqu’à ses fondements. Les crimes de guerre commis sur le sol européen par un voisin non atlantique à l’encontre d’une nation amie ont remis en question des certitudes politiques bien ancrées.
Bien qu’il ne s’agisse pas du premier conflit armé dans l’Europe de l’après-guerre – il suffit de rappeler le conflit en Irlande du Nord (1968–1998), celui du Haut-Karabakh depuis 1988, l’éclatement violent de la Yougoslavie (1991–2001), les guerres en Tchétchénie (1994–2000) ou la guerre russo-géorgienne de 2008 –, c’est bien la guerre entre la Russie et l’Ukraine qui a provoqué un bouleversement profond du paysage sécuritaire. Le renforcement des capacités militaires est désormais considéré comme une condition pour préserver la paix en Europe face à une menace extérieure – en l’occurrence, la Russie. Dans cette optique, les États européens ont choisi d’augmenter considérablement leurs dépenses militaires et d’accélérer la production ainsi que le développement d’armements. Certains pays envisagent de rétablir le service militaire obligatoire, et la mise en place d’un parapluie nucléaire européen commun à des fins de dissuasion est également à l’étude.
Si certains voient dans ce réarmement et cette remilitarisation un gage de paix, d’autres perçoivent ces évolutions comme une escalade dangereuse risquant, tôt ou tard, de déclencher un conflit de plus grande ampleur.
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