Ils firent un désert et l’appelèrent paix
Alors que des menaces mondiales sans précédent telles que le changement climatique et l’intelligence artificielle ne peuvent être affrontées que collectivement, l’architecture multilatérale de l’après-guerre traverse une crise profonde. Un nombre croissant d’États abandonnent la gouvernance collective et violent directement les principes fondamentaux de la Charte de l’ONU. Si le droit international a déjà subi des infractions majeures par le passé, le paysage actuel révèle un démantèlement systémique et délibéré de la part de gouvernements ouvertement hostiles à l’ordre multilatéral.
Les interventions militaires violant les normes internationales se normalisent, paradoxalement au nom de la paix. Plusieurs grandes puissances se retirent des organisations internationales comme l’UNESCO et l’OMS ou coupent leurs financements tandis que des États et des acteurs influents créent des structures parallèles pour servir leurs propres intérêts, privant l’ONU de sa raison d’être. De hauts responsables de l’ONU, dont le Secrétaire général António Guterres, sont déclarés indésirables dans certains pays, et des traités de sécurité collective, comme celle bannissant l’utilisation de certaines armes, sont rejetés.
Parallèlement, la baisse drastique des budgets des organes multilatéraux et des ONG paralyse la protection des civils, alors que les crises humanitaires s’accumulent. Les hôpitaux, les ambulances et les écoles sont de plus en plus ciblés de façon délibérée, et le nombre de victimes civiles, en particulier des enfants, des humanitaires et des journalistes, a augmenté dramatiquement. Selon l’ONU, le nombre d’enfants tués dans les conflits en 2025 a atteint au moins 6 266 victimes mondiales, dont 2 725 en Palestine.
Pour les pays du Sud global, le multilatéralisme a toujours souffert d’un biais pro-occidental. Les tribunaux internationaux sont accusés de cibler principalement les dirigeants africains ou les adversaires de l’Occident, tandis que les auteurs occidentaux de crimes de guerre n’ont pas eu à répondre de leurs actions. Ce sentiment du ‹ deux poids, deux mesures › s’est accentué lorsque les États-Unis ont attaqué la Cour pénale internationale (CPI) pour bloquer les enquêtes sur l’Afghanistan ou la Palestine.
Ces dérives marquent un retour dangereux vers l’unilatéralisme et la loi du plus fort aggravé par le fait que de nombreux États préfèrent protéger ou soutenir leurs alliés plutôt que de renforcer le droit international. Le Luxembourg porte également sa part de responsabilité pour défendre le système multilatéral en paroles et en actes. À cet égard, la fermeture des comptes bancaires luxembourgeois de la CPI a été vivement critiquée comme une capitulation face aux pressions extérieures et un affaiblissement du droit international.
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