Citoyens du monde, engagez-vous !
Le siècle des Lumières a introduit l’idée que la paix ne relevait pas uniquement des diplomates et des décideurs politiques, mais concernait également les ‹ citoyens émancipés ›. Au XIXe siècle, les premières associations civiles pour la paix ont vu le jour aux États-Unis et en Europe ; très vite, un réseau d’organisations a commencé à collaborer et à se réunir lors de congrès internationaux de la paix. Ainsi, le Luxembourgeois Édouard Morhange, auteur du Mémoire sur la paix universelle (1850), a participé au congrès des amis de la paix universelle de Bruxelles en 1848. La fondation du Bureau international de la paix (BIP) a permis de créer une structure faîtière, établie dans la Suisse neutre. En 1895, le 7e Congrès international de la paix du BIP devait se tenir à Luxembourg, mais il fut finalement annulé.
Les associations luxembourgeoises pour la paix sont apparues relativement tard. Les groupements créés à la fin du XIXe siècle pour promouvoir des langues auxiliaires comme l’espéranto et l’ido furent probablement les premières organisations à se pencher sur la question de la paix et de l’entente entre les peuples. L’entre-deux-guerres a vu la création de l’Association luxembourgeoise pour la Société des Nations et la Paix. Toutefois, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, et en particulier après l’émergence de mouvements de solidarité avec les peuples du Sud global, que la société civile s’est véritablement mobilisée de manière organisée pour défendre la cause de la paix, tant au Luxembourg qu’à l’échelle internationale.
« Contre le meurtre planifié de nos enfants »
Le Mouvement national pour la paix (MNP) fut la première association luxembourgeoise d’après-guerre entièrement dédiée à la paix. Fondé en mars 1949, suite à un appel international lancé un mois plus tôt à Paris, il avait pour figure de proue le professeur et historien Pierre Biermann, résistant durant la Seconde Guerre mondiale et ancien prisonnier des camps de concentration nazis. L’objectif principal du MNP était d’empêcher le déclenchement d’une nouvelle guerre, qui risquait cette fois d’être menée avec des armes atomiques.
Un mois après la création du MNP, le gouvernement luxembourgeois signa le traité de l’Atlantique Nord, donnant naissance à l’OTAN. Pour le MNP, l’adhésion du Luxembourg à cette alliance signifiait non seulement la militarisation du pays, mais aussi la participation délibérée du Grand-Duché à une potentielle troisième guerre mondiale. Il s’opposa ouvertement à toute contribution nationale à l’OTAN, notamment à l’instauration du service militaire obligatoire, dont il exigea la tenue d’un référendum. Une pétition en ce sens recueillit plus de 5 000 signatures.
Le MNP participa au Congrès mondial des partisans de la paix, qui se tint à Paris du 20 au 23 avril 1949 et réunit des délégués de 60 pays. Ce congrès donna naissance au Conseil mondial de la paix (CMP), toujours actif aujourd’hui. Le MNP s’associa à l’Appel de Stockholm, lancé par le CMP en 1950, qui réclamait l’interdiction des armes atomiques. Dans le cadre de cette campagne, le MNP parvint à recueillir plus de 10 000 signatures luxembourgeoises.
Parmi ses autres revendications figuraient l’opposition au réarmement de l’Allemagne et à la participation du Luxembourg à la guerre de Corée. L’organisation comptait plusieurs milliers de membres et une vingtaine de sections à travers le pays, notamment à Luxembourg-Ville, Differdange et Echternach. Outre des manifestations et des pétitions, elle s’efforçait de sensibiliser l’opinion publique par le biais de son journal Les Partisans de la Paix, ainsi que par ses activités culturelles.
Bien qu’elle espérât attirer des membres de tous les partis – arguant que la bombe atomique ne faisait aucune distinction d’opinions politiques –, elle était considérée comme fortement liée au Parti communiste. De ce fait, elle fut espionnée par les services secrets luxembourgeois nouvellement créés, qui mirent ses communications sur écoute. Le MNP disparut progressivement de la scène publique en 1956.
Le mouvement contre la guerre au Vietnam
Dès 1963, les États-Unis se sont engagés directement dans la guerre du Vietnam par crainte que la victoire de Hô Chi Minh n’entraîne une propagation du marxisme en Asie. Pour Washington et ses alliés, dont le gouvernement luxembourgeois, le Vietnam du Sud luttait ainsi pour le ‹ monde libre ›. Par conséquent, les États-Unis soutinrent massivement les troupes du Sud, tandis qu’ils lancèrent des campagnes de bombardements massifs sur le Nord-Vietnam.
Les crimes de guerre et les massacres de civils, diffusés pour la première fois à la télévision, suscitèrent une indignation mondiale et galvanisèrent le mouvement pour la paix. Le Front de Libération National (FNL) devint alors le symbole de la lutte anti-impérialiste. La jeunesse, en particulier, se mobilisa contre la guerre et se radicalisa de plus en plus, une évolution qui connut son point culminant lors des contestations de Mai 68.
Au Luxembourg, l’association étudiante ASSOSS s’activa dès 1965 et causa des remous par ses actions de protestation, comme son piquet de janvier 1968 pour boycotter la projection du film The Green Berets dans les cinémas luxembourgeois. L’année 1968 vit également la création du Comité Vietnam-Luxembourg, dont le jeune avocat Gaston Vogel était la figure de proue. L’association organisa des conférences publiques – notamment avec des membres du FNL –, coordonna des manifestations d’envergure et lança des collectes de fonds humanitaires pour le Nord.
À l’inverse, quelques organisations, telles que l’Association des anciens combattants luxembourgeois, se montrèrent solidaires avec les États-Unis et le Vietnam du Sud, tout comme le quotidien catholique de droite Luxemburger Wort, très atlantiste et anticommuniste. La Caritas luxembourgeoise concentra quant à elle son aide humanitaire sur le Sud-Vietnam.
La chute de Saigon en 1975 consacra la victoire communiste et la réunification du pays. Elle provoqua l’exode en masse des ‹ Boat People ›, dont la fuite précaire par bateau suscita une vague de sympathie internationale. En mars 1979, le Luxembourg accueillit ses premiers réfugiés vietnamiens. Leur nombre allait atteindre près de 300 personnes jusqu’en 1982.
Un enfant des manifestations pour la paix
En juin 1983, le parti luxembourgeois des Verts – essentiellement composé d’activistes issus des mouvements tiers-mondistes, pour la paix, pour l’environnement et pour les droits des femmes – vit officiellement le jour. Déjà en 1984, il participa à ses premières élections législatives sous le programme électoral ‹ Liewen a Fridden › (‹ Vivre en paix ›), réussissant à décrocher deux sièges. Au cours des années suivantes, sa position sur la guerre et la paix fut continuellement adaptée. Durant les guerres en Yougoslavie, par exemple, des débats internes émergèrent concernant les interventions militaires. La question fut particulièrement importante pour les Verts vu que le parti frère allemand avait approuvé l’intervention de l’OTAN de 1999, malgré l’absence de mandat des Nations Unies. En réponse à ce dilemme, les Verts luxembourgeois organisèrent un séminaire qui donna naissance au document politique An de Fridden investéieren (‹ Investir dans la paix ›). Bien que le document ne cautionnât pas l’intervention de l’OTAN, le parti accepta le principe selon lequel des interventions militaires étrangères pouvaient être justifiées pour protéger des vies humaines, à condition qu’elles aient reçu l’aval de l’ONU. L’invasion de l’Ukraine par la Russie précipita une nouvelle crise interne. Cette fois, le parti faisait partie de la coalition gouvernementale et détenait le porte-feuille de la Défense. Suite à sa décision de soutenir militairement l’Ukraine – notamment par l’envoi de matériel militaire –, plusieurs membres, dont des membres fondateurs, prirent leurs distances avec le parti, l’accusant de trahir ses principes pacifistes fondamentaux et de pousser activement à la militarisation du Luxembourg.
Les marches de Pâques
Le ‹ Ouschtermarsch › est une marche pour la paix qui a lieu chaque année à Pâques. Les premières marches de Pâques ont vu le jour au Royaume-Uni en 1958. Des militants pacifistes affiliés à la Campagne pour le désarmement nucléaire (CND) avaient alors organisé des marches de protestation de trois jours entre Londres et la ville d’Aldermaston, où était basé un centre de recherche sur les armes nucléaires. Les militants pacifistes allemands ont adopté le concept en 1960. Les marches ont connu une immense popularité dans les années 1980, rassemblant plusieurs centaines de milliers de participants.
Inspirée par le mouvement pacifiste allemand, le premier ‹ Ouschtermarsch › du Luxembourg a eu lieu en 1984, reliant les localités du sud de Belvaux et d’Esch-sur-Alzette. Avant cette première marche, une autre initiative avait été lancée par le Livre de la Paix. Impregnés par la célèbre marche du sel de Mahatma Gandhi, les organisateurs ont mis sur pied une marche de trois jours à travers le Luxembourg en août 1983, invitant les citoyens à se joindre au cortège. Plusieurs centaines de personnes ont participé à cette initiative pacifiste. Dès 1984, d’autres marches de Pâques ont été organisées dans différentes villes luxembourgeoises, attirant des personnes de tous les horizons.
Le mouvement pacifiste des années 1980 s’étant progressivement essoufflé, les marches ont fini par disparaître avec lui. La tradition a toutefois été relancée dans les années 2000 par une coalition de groupes pacifistes, notamment la Friddens- a Solidaritéitsplattform. Les militants luxembourgeois ont aussi rejoint des rassemblements en Allemagne, comme en 2018, lorsqu’une une délégation luxembourgeoise a participé à la marche de Büchel pour protester contre le stationnement d’armes nucléaires américaines sur la base aérienne locale.
Le mouvement pour la paix des années 1980
La décision des États-Unis et de l’Union soviétique d’installer de nouveaux missiles nucléaires en Europe a entraîné de vastes mobilisations pour la paix sur tout le continent dans les années 1980. Pour les activistes, la situation rappelait la crise des missiles de Cuba de 1962, qui avait risqué de plonger le monde dans une guerre nucléaire. De nombreuses personnes craignaient un conflit atomique imminent entre les deux superpuissances, dont l’Europe serait le champ de bataille. Des concepts tels que ‹ Euroshima › ou ‹ holocauste nucléaire › se sont généralisés, et les militants de la paix ont par conséquent exigé le désarmement des gouvernements des deux côtés du rideau de fer.
Le mouvement pour la paix a été particulièrement fort en Allemagne. Le 22 octobre 1983, un demi-million de personnes – dont de nombreux Luxembourgeois – se sont rassemblées à Bonn. Au Luxembourg même, la Liga géint de Krich a sensibilisé l’opinion dès 1980. Si elle n’a jamais réussi à mobiliser les masses, elle a le mérite d’avoir été la première organisation luxembourgeoise à s’activer contre la course aux armements.
La mobilisation de masse n’a véritablement commencé qu’avec la fondation en 1982 du Lëtzebuerger Friddenskomitee, plus proche des milieux communistes et d’extrême gauche. En réaction, l’organisation plus centriste Aktioun fir de Fridden, proche des milieux socialistes et catholiques de gauche, a vu le jour peu de temps après. Malgré leurs différences idéologiques, les deux organisations ont réussi à organiser des manifestations communes, telles que les grands rassemblements du 15 mai 1982 et du 22 octobre 1982, qui ont réuni plusieurs milliers de manifestants. Les deux groupes s’accordaient sur le fait que l’Europe devait devenir une zone exempte d’armes nucléaires.
Plus généralement, le mouvement pour la paix des années 1980 s’opposait à la militarisation du Luxembourg, qui se concrétisait par la construction de plusieurs dépôts militaires américains. Un comité local pour la paix s’est formé dans la commune de Sanem afin de se mobiliser contre la construction d’un centre de stockage militaire. Le comité a réussi à recueillir plus de 3 000 signatures pour lancer un référendum sur la question. À l’inverse, les partisans des bases soutenaient que le Luxembourg avait besoin de ces installations pour des raisons économiques, soulignant que le chômage – en particulier chez les jeunes – avait atteint un niveau record en raison de la récession économique déclenchée par la crise de la sidérurgie.
Parallèlement à ces grandes associations, une pléthore d’initiatives plus modestes a vu le jour. Parmi elles figuraient Sportler fir de Fridden et Pädagogen fir de Fridden, ainsi que des groupes de jeunes locaux engagées pour la paix à Esch-sur-Alzette, Diekirch et Luxembourg-Ville. Tous tentaient de faire pression sur le gouvernement en organisant des veillées, des piquets de grève, des sit-ins, des conférences, des débats et d’autres actions non violentes. Les critiques, quant à eux, les qualifiaient au mieux de naïfs, et les traitaient au pire d’‹ idiots utiles › des Soviétiques.
Solidarité avec les peuples d’Amérique latine
Considérant l’hémisphère occidental comme son arrière-cour, les États-Unis ont mené une politique interventionniste dans les pays d’Amérique latine afin d’y endiguer l’influence communiste. Ils ont notamment orchestré le renversement de gouvernements démocratiquement élus et soutenu des régimes militaires en leur fournissant un appui diplomatique et militaire. Avec l’émergence des mouvements de solidarité internationale, cette politique interventionniste américaine a mobilisé les militants de la paix partout dans le monde – y compris au Luxembourg.
Peu après le coup d’État militaire du 11 septembre 1973 au Chili, qui renversa le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende et instaura une dictature militaire sous le général Augusto Pinochet, le Comité Chili Libre fut créé au Luxembourg pour organiser des manifestations contre le régime. Ce coup d’État provoqua également un exode massif de réfugiés, dont certains demandèrent l‘asile et s’installèrent au Luxembourg. Le Comité Chili Libre s’engagea activement à soutenir ces réfugiés et à faciliter leur intégration.
Un autre conflit en Amérique latine qui a mobilisé de nombreux militants de la paix fut la révolution cubaine, qui a renversé le dictateur Fulgencio Batista en 1959. En 1984, l’association Amistad Luxemburgo-Cuba a été fondée par un groupe d’enseignants luxembourgeois pour exprimer leur soutien au peuple cubain et condamner le blocus américain mis en place en 1960. En 1991, elle a participé à la campagne internationale Un bateau pour Cuba, qui a acheminé de l’aide humanitaire sur l’île. L’association organisait chaque année la Fiesta Cubana, dont les bénéfices permettaient de financer une aide matérielle pour Cuba. Dix ans plus tard, l’association Solidarité Luxembourg-Cuba a vu le jour. L’ONG fournit une aide liée à des projets spécifiques, notamment dans les secteurs médical et scolaire.
L’organisation la plus importante et la plus pérenne axée sur l’Amérique latine fut l’Association Solidarité Luxembourg-Nicaragua (ASLN), créée en décembre 1979, peu après la révolution sandiniste contre la dictature d’Anastasio Somoza. Son objectif était de soutenir moralement et matériellement le peuple nicaraguayen – notamment par le biais de voyages de solidarité, pendant lesquels les activistes aidaient à faire la récolte du café ou à construire des écoles. Au Luxembourg, l’ASLN organisait des conférences, du théâtre de rue et d’autres activités pour sensibiliser l’opinion publique à la situation au Nicaragua et à la lutte continue des Sandinistes contre les milices des Contras soutenues par les États-Unis. Bien que son action soit restée principalement centrée sur le Nicaragua, l’ASLN s’est également intéressée à d’autres conflits en Amérique centrale, tels que l’invasion américaine de la Grenade ou la guerre civile au Salvador.
Terre, paix, liberté en Palestine
Le conflit israélo-palestinien est le plus long conflit en cours. Il a des répercussions considérables dans toute la région et dans le monde. Son statut non résolu peut être considéré comme l’un des principaux échecs du multilatéralisme et du mouvement pacifiste. Au cœur de ce conflit se trouve l’opposition entre, d’une part, le sionisme – une idéologie politique née en Europe au XIXe siècle, qui vise à créer un État-nation juif sur les terres bibliques – et, d’autre part, le droit à l’autodétermination du peuple palestinien autochtone sur ce même territoire.
Après la création de l’État d’Israël en 1948, l’opinion publique luxembourgeoise était généralement favorable au sionisme, Israël étant perçu comme un havre de paix pour le peuple juif, victime de persécutions antisémites en Europe depuis des siècles. C’est ainsi que, lors de la guerre des Six Jours en 1967, des manifestations pour la paix, en solidarité avec Israël, ont eu lieu à Luxembourg-Ville. Cependant, la guerre de 1967 a également conduit à la création du premier mouvement antisioniste luxembourgeois, un groupe minoritaire et éphémère dirigé par le professeur Pierre Biermann. Très critique envers toutes les religions monothéistes, Biermann définissait le sionisme comme intrinsèquement discriminatoire. Sa devise était : « Un Juif ne vaut pas moins qu’un Arabe, mais ne vaut pas plus non plus. Un Arabe ne vaut pas plus qu’un Juif, mais ne vaut pas moins non plus ».
Suite aux massacres de réfugiés palestiniens dans les camps libanais de Sabra et Chatila en septembre 1982, une nouvelle association de défense des droits des Palestiniens – le Comité luxembourgeois de soutien au peuple palestinien – a été fondée. Vingt ans plus tard, le Comité pour une paix juste au Proche-Orient a vu le jour. Il existe toujours et est devenu une ONG agréée par le ministère luxembourgeois des Affaires étrangères en 2006. Il se base sur le droit international pour dénoncer l’occupation militaire israélienne des territoires palestiniens et pour soutenir une solution à deux États.
Des citoyens juifs ont également fait entendre leur voix très tôt. Dès 1948, l’association Les Amis d’Israël manifestait sa solidarité avec Tel- Aviv, qu’elle décrivait comme la patrie juive entourée de nations hostiles. En 1960, le premier contre-discours juif émergeait avec le groupe Zedeq, qui rassemblait des Juifs non sionistes considérant Israël comme une entreprise coloniale. En 2022, un groupe post-sioniste, Jewish Call for Peace, voyait le jour, basant sa défense des droits des Palestiniens sur les valeurs et les enseignements du judaïsme.
Depuis les attentats terroristes du Hamas en Israël le 7 octobre 2023 et les massacres israéliens dans la bande de Gaza, de nombreuses nouvelles associations ont vu le jour, adoptant une grande variété de points de vue et de méthodes de protestation. Pendant plusieurs années, ces groupes ont organisé chaque samedi des manifestations et des contre-manifestations dans le centre-ville.
Pas de sang pour du pétrole
Après les attentats du 11 septembre 2001, le président américain George W. Bush a lancé la ‹ guerre contre le terrorisme ›, désignant l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord comme ‹ axe du mal ›. Après avoir envahi l’Afghanistan en octobre 2001, les États-Unis ont attaqué l’Irak en mars 2003, affirmant que ce pays possédait des armes de destruction massive qui menaçaient la paix mondiale. Malgré le veto français au Conseil de sécurité de l’ONU, une ‹ coalition des volontaires › a lancé l’opération Iraqi Freedom. Cette invasion, illégale car sans autorisation de l’ONU, a déclenché de massives manifestations à travers le monde. Les militants de la paix soutenaient que la guerre était motivée par des intérêts économiques et le contrôle du pétrole irakien, plutôt que par la démocratie ou le désarmement.
Au Luxembourg, le groupe Aktioun géint Krich an Terror (AKT) a organisé une manifestation contre la guerre en Afghanistan en décembre 2001. Renommé Friddensinitiativ, ce groupe s’est associé en décembre 2002 à Jugend fir Fridden a Gerechtegkeet et au Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient pour former la Coordination contre la guerre en Irak. Le 15 février 2003, journée d’action mondiale contre la guerre en Irak, 14 000 personnes ont manifesté au Luxembourg, probablement la plus grande mobilisation pour la paix dans l’histoire du pays
L’opposition à la guerre a mobilisé une nouvelle génération de militants, comme p. ex. Jugend fir Fridden a Gerechtegkeet, fondée en décembre 2001 et alignée sur le mouvement altermondialiste. La mobilisation des jeunes a culminé avec une grève étudiante le 20 mars 2003, jour du début de l’invasion. Des milliers d’élèves ont manifesté à travers tout le pays, notamment devant l’ambassade américaine à Luxembourg-Ville, provoquant des heurts avec la police.
Après avoir hésité initialement, le gouvernement luxembourgeois CSV-DP a décidé de ne pas rejoindre la ‹ coalition des volontaires ›. Cette décision fut facilitée tant par la mobilisation civile que par le refus d’États comme la France et l’Allemagne d’y participer. Bien que le Luxembourg n’ait pas envoyé de troupes en Irak, il a participé au ‹ War on Terror ›, notamment en déployant des soldats en Afghanistan. Sur le plan intérieur, le gouvernement a introduit de nouvelles lois antiterroristes que des associations comme Jugend fir Fridden a Gerechtegkeet ont dénoncé comme des menaces pour les libertés publiques. Le risque de dérives arbitraires s’était déjà manifesté lorsque des forces spéciales avaient fait irruption au domicile de familles musulmanes, arrêtant de force des hommes accusés d’être des djihadistes. Il s’est avéré par la suite que les personnes ciblées étaient innocentes.
Dernière modification le