Que ce soit dans un magazine ou au détour d’une conversation amicale, la simple mention de cet adjectif provoque instantanément un défilé d’images et de représentations plus ou moins positives - souvent moins que plus – généralement suivi du classique « Cela partait d’une bonne intention, mais … ». Les revendications d’égalité entre les sexes restent actuelles mais le féminisme, lui, semble décidément passé de mode. Il n’est pas de bon ton aujourd’hui de se dire féministe : c’est faire valoir, volontairement ou pas, une image de soi qui adhère à la caricature d’un mouvement « agressif, sans humour, militant, qui repose sur des principes rigides et prescrit un arsenal de règles dictant comment être une féministe modèle : déteste la pornographie, insurge-toi à tout bout de champ contre l’objectivation de la femme, ne réponds pas au regard des hommes, hais les hommes, hais le sexe, concentre-toi sur ta carrière, et ne te rase pas ». C’est cette vision que vient nuancer Roxane Gay en s’autoproclamant « mauvaise féministe » dans ce brillant recueil d’essais dans lesquels elle partage ses réflexions d’une acuité remarquable sur des sujets aussi variés que son expérience de professeur ou encore le scénario de Fifty Shades of Grey. Véritable best-seller États-Unis, Bad Feminist s’impose comme un livre de référence sur la question du féminisme, mais ne s’y limite pas : avant d’être une voix de femme, c’est avant tout une voix humaine, sincère et authentique, qui assume passionnément sa propre fragilité.
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Bad feminist
Roxane Gay