Sur les traces de Napoléon Bonaparte à la BnL…

Par Stéphanie Kovacs

 

S’il est un livre qui a durablement marqué la mémoire collective autant qu’il a façonné et marqué de son empreinte le droit civil du Luxembourg, c’est bien celui-là : le « Code civil (des Français) », appelé communément « Code Napoléon ». Elaboré sous l'impulsion de Napoléon Bonaparte (1769-1821), alors Premier consul, le Code civil est promulgué le 21 mars 1804, soit deux mois avant la proclamation de l’Empire le 18 mai 1804. Ce n’est qu’à partir de 1807 que s’impose l’appellation de « Code Napoléon » pour désigner ce recueil de lois dont l’objectif premier est de réglementer – mais surtout de simplifier - la vie civile des citoyens de l’Empire français, de la naissance à la mort.

Comprenant 2.281 articles dans sa version originelle de 1804, le Code Napoléon « est fait pour être dans toutes les mains ; il doit être, pour les Français, le livre le plus familier, puisqu’il leur est le plus utile » - autrement dit, il doit demeurer et rester accessible dans son langage pour le plus commun des citoyens de l’Empire. La principale innovation introduite concerne le principe de l’égalité des citoyens devant la loi. Le Code Napoléon est appliqué dès 1804 dans l’ensemble des territoires conquis ou annexés par la France, parmi lesquels le Département des Forêts, dont fait alors partie le Grand-Duché actuel, où l’on instaure dans la foulée la division territoriale des communes. 

Hasard du calendrier ou non, retenons pour la petite histoire que l’introduction du Code Napoléon au Luxembourg précède de sept mois la venue de Napoléon en personne, accueilli en grande pompe à Luxembourg-Ville les 9 et 10 octobre 1804 - événement dont se fait l’écho en 1954 l’exposition « Napoléon et le Département des Forêts » organisée à l’Hôtel de Ville de Luxembourg en guise de commémoration du 150e anniversaire de la venue du Premier consul. A en juger par le zèle déployé alors par les autorités municipales de Luxembourg-Ville pour réserver à Napoléon un accueil digne de ce nom, on peut supposer que sa personne, et avec elle son œuvre, bénéficient d’un rayonnement certain. D’ailleurs, n’est-ce pas ce même « Code Napoléon » qui, bien des années plus tard, fera dire à l’ex-Empereur des Français déchu depuis son exil très peu doré à Sainte-Hélène : « Ma vraie gloire, ce n'est pas d'avoir gagné quarante batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n'effacera, ce qui vivra éternellement, c'est mon Code civil. » ?

La présente édition, qui date de 1811, nous est parvenue par l’intermédiaire de Madame Anne-Marie Beving (1790-1866), épouse et veuve d’Antoine Pescatore (1787-1858), frère du philanthrope et hommes d’affaires Jean-Pierre Pescatore (1793-1855). A. Pescatore fait partie du cénacle des hommes politiques et des hommes d’affaires les plus en vue en cette 1ère moitié du 19e siècle : reprenant à la Restauration avec son frère les affaires familiales – le commerce des denrées coloniales et du tabac - , il cumule par la suite d’importantes charges politiques, ouvrant la voie à une ascension politique hors norme. C’est à ce titre qu’il exerce e.a. la charge de bourgmestre de la Ville de Luxembourg de 1817 à 1820 – fonction créée par ailleurs dans la foulée de l’introduction du Code Napoléon dans le Département des Forêts.

Comme le rappelle la note manuscrite ornant la page de garde, Madame Beving fait don en 1859 de l’ouvrage à l’ancienne Bibliothèque de l’Athénée Royal Grand-Ducal. En revanche, la note manuscrite figurant tout en haut de la page semble avoir fait les frais d’un découpage effectué à la va-vite par un relieur peu regardant. Notre exemplaire a dû appartenir selon toute vraisemblance à Antoine Pescatore, lequel fait brièvement carrière dans l’administration française durant ses jeunes années. Nommé à 20 ans sous-chef de bureau aux droits réunis du Département des Forêts, A. Pescatore est appelé à effectuer un « stage » de courte durée au bureau départemental de la Corrèze. C’est probablement lors de ce séjour qu’il se procure un exemplaire du Code Napoléon, dont il s’agit ici d’une traduction en français du texte originel latin – d’où la mention « mis en vers français » en première page. La dédicace faite à l’Impératrice Marie-Louise (1791-1847), que Napoléon – désormais Empereur des Français - épouse en secondes noces en 1810, renvoie ouvertement à la vie sentimentale de l’Empereur, dont les tumultes et les dessous politiques ajoutent à la légende et au mythe qui entourent le « Père » du Code Napoléon...

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