Le témoignage d’une carte postale

La réception des volontaires luxembourgeois de la Légion étrangère à Luxembourg

Par Philippe Majeres

 

À l’aube de la Première Guerre mondiale, les Luxembourgeois sont asphyxiés par la violation de leur neutralité et par l’occupation de leur territoire par les Allemands le 2 août 1914. Par conséquent, nombreux d’entre eux s’engagent volontairement dans la Légion étrangère.

Suite à l’armistice et la fin des hostilités le 11 novembre 1918, les combattants luxembourgeois sont reçus le 16 mars 1919 à la gare de Luxembourg. Lors de cette réception solennelle, le général Pierre Henri Desticker souligne l’importance de l’engagement luxembourgeois en adressant la parole aux combattants: « Légionnaires luxembourgeois, vous avez bien mérité de votre patrie, vous avez bien mérité de la France. C’est pourquoi aujourd’hui, à Luxembourg, vos camarades français qui ont été comme vous à la peine, vous accompagnent à l’honneur. » 

L'allégorie française est la figure dominante du dessin qui tend symboliquement la main au Luxembourg.

Encadré par la foule et accompagné par le commandant de la Légion étrangère ainsi que par le régiment 116 et de nombreuses sociétés de musique, le cortège des légionnaires se met en marche vers la Place Guillaume II. Après la prise d’armes devant l’hôtel de ville, les légionnaires sont reçus par la municipalité en présence de nombreux invités d’honneur luxembourgeois et étrangers.

Pour commémorer cet événement historique, Pierre Blanc créa plusieurs cartes postales faisant partie de la collection de la BnL. La carte reproduite ici a été choisie pour sa richesse allégorique. Elle s’inscrit dans un contexte patriotique et identitaire de l’après-guerre, glorifiant le mythe du légionnaire luxembourgeois.

Pierre Blanc, né le 6 juin 1872 à Luxembourg et décédé le 30 mars 1946, est connu pour une panoplie de portraits, paysages et illustrations dans des monographies, périodiques et livres d’école, ainsi que sur des calendriers et cartes postales. L’auteur de la carte postale peut être identifié par ses initiales “P.B.” dans la partie inférieure de la carte. Il n’est pas anodin de rappeler que le fils de Pierre Blanc s’engage comme lieutenant d’infanterie coloniale dans l’armée française et meurt en Mauritanie le 7 septembre 1931 à l’âge de 26 ans.

La lecture du dessin permet d’identifier deux personnages symbolisant la France et le Luxembourg encadrés par leurs drapeaux afférents.

La partie gauche de la carte postale foisonne d’un langage national clair en représentant Marianne, symbole de liberté et de la république. Elle porte le bonnet phrygien, synonyme des valeurs républicaines et démocratiques. Ayant recours au symbolisme de l’époque, la pureté de Marianne et de la nation sont rehaussées par la robe blanche. L’allégorie française est la figure dominante du dessin qui tend symboliquement la main au Luxembourg en le regardant de façon reconnaissante. Marianne garde dans sa main droite un rameau de palmier, synonyme de victoire et d’immortalité. Ce symbolisme est renforcé par deux couronnes de laurier, alliées et inséparables, se situant sur le piédestal du trône et rappelant l’héroïsme et l’immortalité acquise par la victoire commune des deux nations.

Le Grand-Duché, représenté comme pays jeune, porte son regard vers la France en tenant le fusil dans la main, pour défendre sa liberté et ses valeurs communes avec la France. La couleur de l’uniforme du jeune homme se réfère à l’uniforme kaki de la Légion à partir de novembre 1915.

En bref, Pierre Blanc présente une image de relation maternelle entre les deux pays, avec la France comme garant des valeurs communes. En même temps, et s’alliant aux discours patriotiques de l’époque, le dessin propage l’indépendance du Grand-Duché, méritée par le sacrifice héroïque des légionnaires luxembourgeois.

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